Journal d'un résident en médecine d'urgence
22h45 : J'arrive dans le parking des résidents, car il est ouvert toute la nuit. J'oublie d'enlever mon casque de vélo après mes 35 miles de route pour le travail. Je mange une barre Quest.
22h50 : J'ouvre le tableau pour me préparer à la passation de service de 23h. Il y a 6 nouveaux patients sur le tableau. Le dernier nouveau patient vu par l'équipe précédente était à 19h. Trois des patients ont des TA <70/40. Le rythme cardiaque d'un patient est de 190. La saturation en oxygène d'un patient est documentée à 75 % lors du triage, et il est assis dans le couloir sur une chaise.
22h55 : J'essaie de trouver l'infirmière pour le patient hypoxique, mais elle est en pause. Tout le monde hausse les épaules en me regardant.
22h58 : Je trouve une canule nasale dans la salle de stockage arrière.
23h : Je retourne vers le patient, il est bleu et halète. Il n'y a pas de prise d'oxygène dans le couloir.
23h03 : Je trouve un technicien pour m'aider à transporter le patient dans une chambre occupée et le mettre sous oxygène et un moniteur. L'autre patient dans la chambre se plaint que celui-ci respire trop fort et qu'elle a besoin de repos.
23h05 : Je suis rouge et en sueur en arrivant pour mon tour, où je trouve l'équipe précédente qui me fixe du regard, tous attendant la passation.
23h15 : Je parviens enfin à me connecter à l'ordinateur après avoir essayé trois fois de changer mon mot de passe pour qu'il réponde aux exigences minimales, bien que je me sois connecté au même ordinateur 30 minutes auparavant. Tout le monde me regarde.
23h16 : Le technicien me remet 3 ECGs. L'un est un STEMI. Le patient est dans la salle d'attente depuis 14 heures.
23h17 : Le cardiologue interventionnel me rappelle et me crie dessus pour avoir attendu pour l'appeler 1 minute après que l'ECG a été imprimé. Il me dit d'administrer des thrombolytiques au patient car il y a un accident sur l'autoroute, donc il lui faudra 45 minutes pour arriver.
23h18 : Je retourne à la passation, tout le monde me fixe toujours.
23h19 : Le téléphone sonne. C'est l'orthopédie qui rappelle pour une consultation. Personne ne se souvient les avoir appelés.
23h20 : Nous commençons la passation. Le premier patient a une fracture ouverte du tibia et du péroné. L'interne se souvient que c'est pourquoi l'orthopédie a appelé. Je demande au secrétaire de l'unité de rappeler l'orthopédie.
23h21 : Le prochain patient doit être transféré à l'hôpital où il a subi une intervention chirurgicale hier et a vu le chirurgien en clinique ce matin. Ils n'acceptent pas de transferts. Le patient souhaite transférer ses soins vers cet hôpital.
23h22 : Le patient suivant attend les résultats d'un CT abdominal.
23h35 : Fin de la passation.
23h40 : Le colocataire du patient hypoxique a arraché son oxygène du mur. "C'était trop bruyant."
23h45 : Je vais voir le patient avec un rythme cardiaque documenté de 190. Je regarde son ECG de triage. Il a la maladie de Parkinson. Son rythme cardiaque est de 76. Il ne sait pas pourquoi il est là, mais il ne peut pas marcher. J'essaie d'appeler tous les contacts dans le système. Personne ne me rappelle.
23h50 : Je vois le premier patient hypotenseur. Maintenant, sa pression artérielle est de 220/110. "J'ai changé de bras parce que ça me faisait trop mal de l'autre côté." Je rebranche l'autre bras, et la TA de ce côté est toujours à 70/40. Le patient est venu parce que son gros orteil gauche picotait plus tôt. Pas d'autres plaintes. Il se sent mieux maintenant.
23h51 : Je fais une échographie au chevet et le patient a un tamponnade et un décollement visible.
23h52 : J'appelle le chirurgien CT. Ils me crient dessus parce qu'il n'y a pas d'images CT. Je dis que je vais obtenir le CT et ensuite ils me crient dessus parce que le patient est trop instable pour le CT.
23h53 : Le patient est transporté au bloc opératoire.
23h54 : "Code Bleu OR chambre 4." Mon médecin référent est en colère parce qu'ils n'ont pas vu le patient avec le décollement avant qu'il n'aille au bloc. "Et si nous avions raté une embolie pulmonaire ou une appendicite ? Pourquoi n'avez-vous pas demandé un panscan avant la consultation en chirurgie ? C'est ma licence qui est en jeu, vous savez."
23h55 : Le patient atteint de Parkinson essaie de sortir de la civière et tombe. La rambarde de son lit était abaissée et le lit était surélevé. Un garrot IV était toujours en place.
23h56 : L'infirmière du patient est en pause. J'emmène le patient moi-même au CT. Subdural massif.
23h57 : Je page la neurochirurgie, et ils me demandent quel est le statut du code du patient. Ils me crient dessus parce que je n'ai pas pu joindre la famille. Ils me demandent de page la neurologie pour la gestion médicale de leur subdural. Je leur dis que la neurologie ne gère pas les subduraux. Ils me disent qu'ils ne feront pas de chirurgie sur ce patient car il a trop de comorbidités. Je leur dis que le seul problème médical documenté du patient est la maladie de Parkinson. Ils ne prennent aucun médicament. Ils me disent de rappeler la famille et de faire des soins palliatifs au patient.
23h58 : L'orthopédie rappelle au sujet du patient avec la fracture ouverte du tibia et du péroné. L'équipe précédente est partie. J'essaie de mettre en place une IV guidée par échographie sur le bras d'un autre patient et je ne peux pas récupérer les informations d'assurance du patient quand ils me le demandent. Ils me demandent si le patient a reçu de l'Ancef. Je dis oui, mais je n'ai aucune idée si c'est vrai. Le patient sur lequel j'essaie de mettre l'IV tressaille et je me pique avec l'IV. Ils demandent à être sédatés pour la prochaine tentative d'IV.
00h : Je commande de l'Ancef pour le patient car il ne l'a pas encore reçu. J'espère que l'orthopédie ne le remarquera pas.
00h15 : Une bagarre éclate dans la salle d'attente. Trois agents de sécurité interviennent car ils ont été frappés au visage par une femme de 90 lb sous méthamphétamines. Deux d'entre eux vont bien. Un a une fracture orbitaire et une hémorragie sous-arachnoïdienne traumatique.
00h30 : Un patient dans le couloir demande une couverture.
00h45 : Le même patient demande un sandwich à la dinde.
01h : Le même patient demande un ginger ale. Je demande s'ils ont besoin de quelque chose d'autre, et ils répondent non.
01h15 : Le même patient demande du café. Je leur dis que nous n'avons pas de café. Ils me lancent leur ginger ale à la figure.
01h30 : Le même patient s'échappe avec son IV en place. Leur infirmière est en pause. J'appelle la police pour retrouver le patient.
01h45 : Le même patient revient en cours de réanimation après une overdose. Il se réveille après 12 mg de Narcan et me crie dessus pour avoir ruiné son état. Il signe un décharge AMA.
02h00 : Je m'assois enfin pour faire un peu de documentation.
02h01 : Je reçois 3 ECG de plus. Un autre STEMI. Le cardiologue est toujours dans le bloc avec le patient précédent pour insérer un impella et cannuler pour ECMO. Les 15 hôpitaux suivants que j'appelle sont fermés aux transferts. Le patient refuse le transfert vers le 16ème hôpital parce que son cousin éloigné y a attrapé la COVID "donc ils doivent piquer les gens avec ces trucs de Fauci." Je dis au patient qu'il va mourir s'il ne va pas là-bas. Ils m'appellent un C mais acceptent le transfert.
02h25 : L'hélicoptère arrive pour le transfert. Le patient a disparu avec son IV. L'infirmière est en pause. J'appelle la police.
02h30 : Le prochain patient attend depuis 17 heures pour être vu pour des douleurs arthritiques dans le genou. "Mon IRM n'était pas prévue avant la semaine prochaine, mais j'espérais que vous puissiez le faire aujourd'hui."
03h00 : Le patient suivant demande de l'oxycodone pour sa lacération réparée à la jambe inférieure qui a nécessité 3 points de suture. Ils essaient de m'enregistrer sur leur téléphone quand je dis non. Ils me disent qu'ils vont faire un rapport à la défense des droits des patients et à l'ordre des infirmiers. Je ne leur dis pas que je ne suis pas infirmière.
03h30 : L'orthopédie emmène mon patient au bloc, mais ils veulent que j'admette au service de médecine car son potassium est à 3.3. Je leur dis que je vais appeler la médecine, mais qu'ils vont dire non, et je vais leur demander de discuter entre eux.
04h00 : Je passe 30 minutes à expliquer aux parents d'une fillette de 2 ans pourquoi elle n'a pas besoin d'un CT après avoir accidentellement heurté une armoire. Je les guide à travers le PECARN. Ils insistent pour un CT. Je le commande. Le radiologue et le technicien de radiologie m'appellent pour me poser des questions concernant la commande. Je leur dis de faire l'examen quand même.
04h45 : La médecine me rappelle. Ils refusent d'admettre le patient orthopédique. Je leur demande de rappeler l'orthopédie pour discuter du cas avec eux. Ils refusent. J'appelle l'orthopédie. Ils appellent la médecine. Le patient est admis en médecine.
04h50 : La CT du patient pédiatrique est négative. La mère affiche une page Google sur son téléphone concernant le risque de cancer dû à l'exposition aux radiations et est en colère que sa fille ait été irradiée inutilement. Elle ne semble pas se souvenir de notre conversation précédente.
05h00 : La CT du prochain patient montre un cancer métastatique nouvellement diagnostiqué. Son mari et ses trois jeunes enfants sont dans la pièce. Je pleure avec eux. J'essaie de les admettre en médecine. Ils me demandent de consulter la gastro-entérologie, la cardiologie, la pneumologie, la neurologie et l'urologie en raison de résultats incidentaux lors de leur bilan.
05h25 : Le prochain patient a 27 ans. Sa mère veut savoir pourquoi sa créatinine est basse et pourquoi personne n'est venu lui parler de son MCHC légèrement élevé.
06h17 : Je sors enfin de la chambre de ce patient et la laisse sortir.
06h21 : L'infirmière du patient dit que la mère a "encore quelques questions." Elle veut savoir pourquoi l'interprétation de l'ECG indique "arythmie sinusale" et se demande si je devrais obtenir une consultation cardiologique d'urgence pour sa fille.
06h57 : Je sors de la chambre à nouveau, mais seulement parce que j'ai promis de commander un moniteur Holter ambulatoire, d'appeler son médecin traitant pour un suivi le lendemain et de commander des références en cardiologie, néphrologie, et hématologie.
06h58 : Le patient STEMI qui s'est échappé plus tôt revient en arrêt vfib. Nous commençons un méga code. Le patient reçoit une défibrillation séquencée double et nous obtenons un ROSC. J'intube, place une ligne artérielle, une ligne centrale, et un Foley car l'infirmière n'a pas pu le faire. Ils sont sous quadruples vasopresseurs. Leur nouvel ECG ne montre pas de STEMI. J'appelle le cardiologue interventionnel qui vient juste de rentrer chez lui après le précédent STEMI. Ils ne pensent pas que c'est un STEMI. Ils recommandent une admission en MICU. Je leur montre l'ECG précédent pour lequel ils avaient recommandé le transfert vers le cath lab. Ils ne pensent plus que c'est un STEMI, mais acceptent à contrecœur de revenir pour un cath.
07h25 : La prochaine équipe est là depuis 25 minutes à attendre la passation. Il y a 5 nouveaux patients sur le tableau et ils me demandent pourquoi le dernier nouveau patient que j'ai vu était à 5h30.
07h30 : L'hospitalier de nuit rappelle après que j'ai appelé toutes les consultations demandées pour le nouveau patient cancéreux. Ils partent et me demandent d'appeler l'hospitalier de jour pour l'admission. Je page l'hospitalier de jour.
08h15 : Je regarde le rapport de cath pour le patient STEMI et il a reçu 4 stents et est cannulé pour ECMO avec un plan pour une chirurgie CABG multi-étapes contre un LVAD avec pont vers une transplantation cardiaque. Les notes d'admission indiquent "ECG initial montrant un STEMI réalisé à 02h01, mais la cardiologie n'a malheureusement pas été consultée avant 06h58. Le pronostic est mauvais."
08h30 : L'hospitalier de jour rappelle. Ils recommandent un bilan oncologique ambulatoire au lieu de l'admission en hospitalisation. Je l'annonce au patient et à sa famille, et ils commencent à pleurer. Je commence à pleurer. J'appelle l'oncologie pour organiser un bilan ambulatoire accéléré. Le fellow en GI rappelle et dit qu'ils ont discuté avec leur référent et souhaitent en réalité procéder à une endoscopie et une coloscopie en hospitalisation et recommandent également une consultation en chirurgie générale. Je leur demande pourquoi, et ils répondent "pour des douleurs abdominales." J'appelle la chirurgie et ils me crient dessus. Je conviens qu'il s'agissait d'une stupidité. J'annule la consultation. Je rappelle l'hospitalier pour leur dire que la GI recommande un bilan en hospitalisation. Ils veulent attendre la consultation chirurgicale que la GI a recommandée et écrite dans leur note. Je rappelle la chirurgie pour leur dire que la médecine ne les admettra pas sans une consultation chirurgicale. Ils me demandent quel est ma question clinique. Je dis que je n'en ai pas. Ils me demandent de rappeler la médecine pour leur demander de contacter directement la chirurgie avec leur question clinique. Je rappelle la médecine. Ils refusent d'appeler la chirurgie. Ils soupirent et disent "très bien, admettez-moi" et claque le téléphone.
08h35 : Je change pour ma tenue de vélo et fais 35 miles de retour chez moi en pleurant. Je m'endors pendant 3 heures puis m'envole pour la Nouvelle-Zélande pour un voyage de randonnée de 3 semaines.